Symboliquement, les sociétés carnavalesques dansent dans les rues de la ville pour chasser le bonhomme hiver.

On rit, on chante et on danse en martelant le sol des pieds pour réveiller la terre endormie en songeant déjà aux beaux jours qui tendent les bras.

Les fêtes carnavalesques commencent avant le Carême (les traditions carnavalesques binchoises seraient les plus anciennes et remonteraient au XIVème siècle. Durant les jours gras qui précédaient le carême, période d’abstinence totale, l’Eglise catholique permettait, sous réserve, une débauche quasiment totale. Cette fête traditionnelle est venue jusque chez nous et a subi une évolution. En 1395, on mentionne déjà un Carnaval de Binche que l’on nommait Quaresmiaux ou Caresmiaux et on évoquait déjà le Cras Dimence) et se calcule à partir de Pâques en remontant de 49 jours (pour faire simple, on parle de 6 semaines). C’est pourquoi la date du Carnaval change chaque année et fluctue de début février à mars.

Binche, et d'autres Carnavals ont donc lieu généralement en Février, les Soumonces (sorties des Sociétés en Groupe) ayant déjà eu lieu lors du mois précédent.

La Laetare de La Louvière, par exemple, se déroule à mi-chemin entre le Carnaval et notre Cavalcade qui a lieu lors du long Week-end de Pâques et dont voici le récit de sa naissance.

LA CAVALCADE :
 
Aux origines, un cortège folklorique et religieux.
Si les activités folkloriques connaissent une tendance au renouveau, la région boraine a vu durant longtemps son riche passé partir en quenouille.
A l' exception de Wasmes, où la tradition religieuse avait permis le maintien de manifestations d'une certaine ampleur, une lame de fond avait emporté l' héritage d' hier.
Voilà une manifestation dont Jemappes, à juste titre, tire une certaine fierté. Quelle est son origine?

Le 30 mars 1862, la société Saint-Eloi, présidée par M. Deberse, le père de l' ancien mayeur, décidait d' organiser un cortège folklorique et religieux dans le but de récolter des fonds et de venir en aide aux pauvres de la commune, amenant à Jemappes la foule des grands jours de tous les coins du Hainaut et du nord de la France. Ce but philanthropique allait, jusque 1950 environ soit durant près d'un siècle, rester la motivation des cortèges carnavalesques jemappiens. Durant près de vingt ans, la société Saint-Eloi a récidivé : son cortège se composait de chars représentant les diverses activités locales. D' année en année, toutefois, il allait perdre son aspect religieux. Au début des années 1880, le cortège devint une véritable cavalcade.
Il y avait des centaines de chevaux à Jemappes, la disparition de ceux-ci allait amener les organisateurs à concevoir le cortège d'une autre manière. Et voilà les gilles... On vit se constituer, dans la localité, toute une série de groupes aussi divers les uns que les autres. Dès avant 1900, on eut des gilles. Les sociétés musicales jemappiennes participaient à cette manifestation en travestis. Là se rattache l' apparition du bon géant "Dominique ", qui prenait place parmi les membres costumés de l' harmonie libérale. En 1902, un groupe de quatre cents figurants représenta la guerre des Anglais et des Boers. Des canons, tirés par des chevaux, lançaient des oranges, ce qui eut pour don de porter à son comble l' enthousiasme des spectateurs, venus nombreux cette année-là. Comme après ! car, au fil du temps, le cortège du lundi de Pâques a gardé son pouvoir d' attraction sur les foules. Voyons un peu le programme des cavalcades de 1887 et 1907. Si le premier est plus ancien, le second présente, selon nous, plus d' intérêt. Ce programme imprimé par les établissements Glorieux et Dresselaers, 285, Grand' Route, dans la localité, avait été mis en vente au profit des pauvres, sur la place de Jéricho, des joueurs de violes et d' accordéons à 10 h. Une demi-heure plus tard, concours d' accordéons et de violes. L' après-midi, le cortège devait se former à 13h 30 au pont Holdois et s' ébranler à quatorze heures. L' itinéraire passait par la Grand' Route, où avait pris place le jury, la rue de la station, la rue Grande, puis les artères suivantes: Rue du marché, du Grand-pont, de la poste, de la station, places de la gare et de Jéricho, où l'on prévoyait un repos d'une demi-heure. Le trajet reprenait ensuite par les rues de Jéricho, Monclaire, des Préelles, des Houillères, puis, nouveau passage devant le jury à la Grand' Route, les rues Neuve, du Fort-Mahon, des Veuves, avec un arrêt de dix minutes avant de gagner la rue des Croix, la rue de Cuesmes, de défiler devant le jury pour le rondeau final via les rues Grande, de la station, et la Grand' Route.

La Cavalcade dans Alain AUDIN et Charles CAMBIER, Au pays de la Haine, 1977, p.152.

Après la guerre 1914 - 1918, le cortège continue sa marche ascendante. Il est vrai qu'on connaît une période de prospérité exceptionnelle. On y voit figurer de nombreux groupes venant de la région du Centre comme "Les Gilles de Morlanwelz"  ... Et le Cortège est gonflé de l'apport de groupes carnavalesques créés dans les communes environnantes et de groupes de gilles créés dans la localité.

En 1921, une première société de gilles fut créée à Jemappes, celle des Gilles de Jemappes du café Monile dit Cagnot, ensuite vinrent d'autres sociétés comme "Les Gilles de la Manufacture", de la "Grand-Place", et des sociétés carnavalesques furent aussi constituées.
Pour être complet, vers 1950, la formule du cortège carnavalesque se modifie quelque peu par l'introduction de pelotons de cliques et majorettes. C'est ainsi qu'apparait la Clique des écoles communales de Jemappes qui deviendra, peu de temps après, la "Clique et Majorettes de Jemappes".

 Quand on voit l'itinéraire de cette Cavalcade et celui emprunté actuellement, il s'est réduit comme une peau de chagrin.................

2006: la 100e édition !

Pour marquer cet anniversaire historique d'une pierre blanche, le Comité de la 100e Cavalcade et la Ville de Mons ont mis les petits plats dans les grands. Un grand moment où se mêlent sans distinction la fête, l'histoire, la convivialité, l'enthousiasme et la passion. Pas moins de neuf tableaux sont ainsi racontés aux spectateurs, et sept chars prennent le départ le Lundi de Pâques (17 avril 2006), dès 14h, en l'avenue Wilson. C'est alors un voyage à travers 100 ans d'histoire qui est proposé, de la représentation du Coq, symbole de Jemappes, à la Cavalcade des chevaux, en passant par l'après-guerre et les événements sociaux de 1960. Après le cortège des "Passeurs de rêve", dirigé par le réalisateur Yves Coumans, place aux toujours très attendus Gilles de Jemappes.