Le costume (1)

Les sujets coloriés (lions) qui parsèment aujourd'hui le costume (pantalon et blouse) confectionné avec de la toile de lin (toile de jute), rappellent les tatouages des Indiens, les étoiles et les soleils évoquent irrésistiblement les divinités des Peaux-Rouges (???). Mais comme expliqué dans la page "le Gille et son évolution", ces lions rouges et noirs, (découpés dans de la feutrine), appliqués sur le costume dateraient, sans doute, de la Révolution Brabançonne (1789) et seraient les lions du Comté du Hainaut. Ils évoquent probablement aussi l'Indépendance de la Belgique, comme les Drapeaux et le Blason plus ou moins récents.

Il est à noter que la blouse du Gille a subit de nombreuses modifications durant les années, principalement au 19è siècle. C'est à cette époque qu'eut lieu l'apport de différents éléments au costume par des Gilles bourgeois qui aimaient un "beau costume". Par exemple, aujourd'hui, la face avant de cette blouse est constituée de feutrine disposée verticalement. Il n'en a pas toujours été de la sorte: certaines photos nous montrent qu’en 1887, la feutrine était disposée en triangles, en 1890 les bandes étaient obliques, en 1899 les bandes étaient beaucoup plus larges, …

Voici quelques infos concernant:

La toile de lin nécessaire: 

  • 5,50 m x 0,90 m ou 3,75m x 1,40 m pour BINCHE
  • 3,50 m à 3,75 m x 1,40 m pour La Hestre  
  • 3,50 m x 1,40 m pour La Louvière  
Le nombre de lions :
  • 20 lions héraldiques pour Binche et La Louvière
  • 14 lions pour la Hestre
  • ainsi que 120 à 130 étoiles pour Binche
  • 85 à 90 pour la Hestre
  • 120 pour La Louvière

Le costume se complète aussi par des couronnes dont le nombre s'établit comme suit:

  • Binche et La Louvière : 20
  • La Hestre : 25 à 30 couronnes aux couleurs nationales.

Mais il est à noter que le costume, aujourd’hui, est devenu universel et ces différences ont disparu. Ses couleurs tricolores lui confèrent le caractère de la Belgique unitaire et de fierté nationale belge.Le costume se distingue aussi par quelques différences suivant le louageur comme la forme, le nombre de motifs.........la garniture du dos de la blouse varie également et cela encore de nos jours. Si vous vous promenez le Mardi-Gras à Binche, vous pourrez constater que les dos des costumes de Gille sont quelque peu différents.

Les parements de la blouse et du pantalon  sont sertis de galon doré et de fine dentelle,  de plusieurs mètres de ruban qui ont été froncés à la manière de la collerette (voir ci-dessous). De 150 à 200 mètres de ruban plissé sont nécessaires pour leur confection.

L'apertintaille (2)

Selon certains, l'apertintaille (ceinture en dialecte local) d'aujourd'hui aurait son origine dans les objets sonores diverses que portaient les danseurs au moyen-âge lors des réjouissances des cours et pendant les rites du renouveau. Cette sorte de " porte-en-taille ", traduction de l'époque sera porté autour des reins, des bras et des jambes (comme les danseurs d'Afrique?). Plus tard, il va se transformer en "colè d'sounètes" que nous connaissons de nos jours. Avant 1900, la ceinture comportait deux rangées de sonnettes. puis lors, l'apertintaille est composée d'une seule rangée, confectionnée en toile de lin et de laine de couleur jaune et rouge et mesure 10 à 15 cm de large. Elle supporte suivant la grandeur de 7 à 9 cloches en laiton et son poids est de plus ou moins 2 kilos à 3 kg. Autre élément archaïque du costume du Gille,

Le grelot (3) de poitrine

Emprunté au harnachement des chevaux (dans des temps lointains) comme d'ailleurs, l'apertintaille. Les grelots ont des poids différents ; le son est fonction de la taille du grelot. Il est placé sur la bosse de devant, contre le plastron ou collerette.

 

Le plastron ou collerette (4)

Appelée aussi pèlerine en dialecte, reposant sur les épaules du Gille, elle est constituée de ruban plissé comme pour les extrémités du costumes et est brodée par de la dentelle ou des franges dorées. Elle est constituée de rubans plissés de 2 cm de large, blancs ou colorés, nuancées des couleurs rappelant les tons du chapeau si de couleur. Au siècle dernier, la collerette était de satin bouffant et de dentelle très fine. Au-dessus du grelot, à l'attache de la collerette, vient s'épingler un nœud de couleur blanche et de même texture que la collerette.  Il faut plus de 150 mètres de ruban pour confectionner la collerette et les parements, et leur imprimer un double pli.

Le mouchoir de cou  et  la barrette

Sous la veste ou blouse, un mouchoir blanc et carré est plié en diagonale et noué autour du cou. Celui-ci évite les frottements et est appelé " mouchoir de cou ". Sur la tête, le bonnet de coton blanc est appelé barrette. Un mouchoir blanc plissé plusieurs fois en diagonale, passant sous le menton et noué sur le dessus de la tête, fixe la barrette et protège le menton de la bride du chapeau. Ce mouchoir plié est appelé bridon. Les cheveux sont toujours cachés par la barrette.

Les bosses du Gille

Elles sont faites à l'aide de paille d'avoine, la meilleure pour absorber la transpiration. Le "bourreur" ou "bosseur" confectionne des  "torquettes" de paille dont il emplit au fur et à mesure la veste du costume.
La veste du costume du Gille est emplie de "torquettes" de paille d'avoine. C'est le "bourrage" ou "bossage". Pour une question de facilité, certains gilles ne se bossent plus à la paille, du moins, d'avoine mais aussi avec de la mousse......mais le bossage à la paille est un passage obligé pour tout nouveau gille!

Les sabots (5)

Le sabot semble avoir été choisi pour marquer le martèlement cadencé de la danse et des airs de musique. Avant 1914, il était peint de bronze doré et se terminait par une corne assez prononcée. Aujourd'hui plus simple, il est orné d'un "ERNON" (6) ou rosace, faite de rubans plissés. Spécialement fabriqués pour les gilles, le sabot est creusé soit dans le peuplier, soit dans le saule Jadis fabriqués par des sabotiers locaux, aujourd'hui par des machines dans les Ardennes. Il ne reste plus qu’à lui donner sa couleur et il passera 7 à 8 heures dans un fumoir. On y ajoute une talonnette en demi-cercle et une bride, simple lanière glissée dans un morceau de cuir rectangulaire et dentelé.

Les chaussons


Ils sont faits de laine blanche (quoique actuellement en coton) et sans couture pour ne pas blesser le pied. Certains Gilles se frictionnent la plante des pieds de talc ou de crass' candelle (chandelle grasse) avant d'enfiler les chaussons afin de mieux supporter les sabots.

Le chapeau (7)

Le chapeau du gille est orné de 8 à 14 grandes plumes en forme de panache (en général 12). Il s'agit en fait de 300 plumes d'autruche assemblées qui proviennent d'Afrique du Sud. Ces grandes plumes sont fixées à la coiffe (sorte de buse avec une armature métallique). Cette coiffe s'inspire sûrement des coiffures que portaient les indigènes du Pérou en période de fêtes. puis 1890, le chapeau simple au départ, s'est en beauté agrémenté d'une ou plusieurs étoiles, symbole de l'espérance. Un peu plus tôt, apparaissent également les 4 rubans en soie qui partent du chapeau jusqu'à l'apertintaille. Le 20eme siècle va lui apporter une nette amélioration pour obtenir la superbe coiffe d'aujourd'hui. Il est constitué d'une armature métallique, d'une forme en carton recouvert de toile et de dentelle l'avant est décoré par des parures dorées. Il est surmonté par huit ou douze plumes d'autruche, celles-ci sont constituées de plusieurs petites plumes pour obtenir une hauteur d'un mètre cinquante. A l'arrière on lui attache quatre ou cinq rubans, une jugulaire sert à le maintenir au cou. Son poids est de plus ou moins 6 kilos. Le travail fournit pour la fabrication de ce chapeau est très important (plusieurs mois). Il est évident que le chapeau fait le panache du cortège des gilles et qu'il est préconisé.

Le panier (8)
 
Le panier contenant les oranges est fabriqué en osier. Autrefois, il était en fil métallique (genre panier à salade) et le gille le remplissait de produits de son jardin; ce n'est que vers les années 1900 qu'il fut remplacé par celui connu actuellement. L'orange, signe d'évolution sociale va apparaître vers 1850.

 

Le ramon

C'est le "balai" dont était jadis muni le gille, que le ramon actuel remplace et que tient le gille le matin du Carnaval ou lors des soumonces. A l'origine, il servait ainsi que les vessies de porc remplient d'eau à taquiner les personnes qui ne participaient pas à la fête. Ce balai était lancé à la tête de tout individu sans masque ni faux nez. Actuellement, le gille lance le ramon lui-même au passant qu'il veut saluer et embrasse cette personne qui le lui restitue. Le balai de jadis s'est transformé en un ramon de + ou - 25 cm, fait de brindilles de saule assemblées par trois ligaments en rotin. Mais depuis quelques années, pour retrouver la tradition sa longueur a été ramenée à + ou - 45 cm. Jadis, le ramon était censé chasser les mauvais esprits qui retardaient le renouveau. l'après-midi il porte le panier.

Le masque

A l'origine, le masque symbolise les esprits bénéfiques des ancêtres. Il chasse l'hiver et les forces maléfiques et permet d'agir au nom de la collectivité lors de l'accomplissement des rites du renouveau. Le masque apparaît en 1860, le gille porte un masque de toile cirée, aux lunettes vertes de bourgeois intellectuel, aux épais favoris, à la moustache en pointes et à la mouche Napoléon III.

Jusqu'au début du XXème siècle, le Gille restait masqué pendant la plus grande partie de la journée. De nos jours, le masque est porté durant la matinée du Mardi-Gras jusqu'à la réception à l'Hôtel de Ville. Le Gille est un grand prêtre qui célèbre le renouveau du printemps; il accomplit un rite mais n'agit pas en son nom personnel. Il convient donc qu'il ne soit pas reconnu. Binche a toujours eu le monopole d'utilisation de ce type de masque. L’administration communale de Binche en a déposé le modèle, au mois d'octobre 1985, auprès du Bureau Benelux des Marques à la Haye et en a l'exclusivité. Le modèle est maintenant protégé: il ne peut-être copié, commercialisé et porté ailleurs qu'à Binche. Le masque de Gille ne peut être vendu qu'aux Gilles de Binche qui le portent le Mardi-Gras matin. Actuellement, le Gille se limite à porter le masque quelques heures pour conserver traditionnellement l'anonymat et bannir les différentes classes sociales.